HAÏM BOTBOL 60 ANS DE CARRIÈRE SHOW MUST GO ON!

C’est un vibrant hommage qui a été rendu le 18 juin 2013 à Casablanca à Haïm Botbol à l’occasion de ses 60 ans de carrière. Le chantre de la musique arabo-andalouse et de la chanson populaire judéo-marocaine a enchanté un public de connaisseurs et de nostalgiques. Retour en images et en mots sur une soirée mémorable.

Haim Botbol

Casablanca, 18 juin 2013, SOC. Une légende vivante sur scène, un mythe national à la portée des yeux et des mains.Le grand maître du melhun et du chaâbi réunis, le virtuose du oud et du bendir, l’un des derniers porteflambeaux de la chanson judéo-marocaine est là, venu se produire devant un parterre d’invités prestigieux et de grands noms de la scène artistique. On attend fébrilement son tour pour se prendre en photo ou, pour les plus audacieux, échanger quelques mots avec lui.

Certains l’observent timidement sans oser l’approcher, d’autres demandent un autographe et repartent prestement, craignant de le déranger : « Il a fait un long voyage, il doit être fatigué. Il faut le ménager. J’ai été bercée par sa musique durant toute mon enfance. Je suis très émue de le voir en chair et en os ! », confie, les yeux brillants, une jeune quadra, chiquement apprêtée pour l’occasion. Une élégance que le protagoniste de la soirée a comme à son accoutumée très bien rendue à ses hôtes, la mise soignée, le sourire chaleureux et le verbe courtois. Du haut de ses 75 ans, Haïm Botbol n’a rien perdu de son charisme et de sa superbe, en dépit d’une santé que l’on sent plus fragile. On le félicite pour sa longévité artistique, on lui souhaite «  120 chna inchallah  » (120 ans si Dieu veut).

On lui remet un disque d’or et autres distinctions aux côtés de son épouse et de sa fille. Ses inconditionnels sont là, ses élèves aussi, de Haj Younes à Abderahmane Souiri, de Naâmane Lahlou à Mohamed Ben Omar Ziani. Accompagné de l’orchestre de Maxime Karoutchi et de son frère Marcel au violon, Haïm Botbol interprète quelques-uns de ses succès intemporels. D’autres artistes réputés sont au programme de la soirée, dont Ghita Berrak, Abdou Sekkat ou encore Moulay Hachem Slitime.

Vanesa PalomaLe public applaudit avec enthousiasme Kinor David Maroc, groupe casablancais de musique arabo-judéo-andalouse, dont la prestation est joliment rehaussée par une voix féminine, celle de Vanessa Paloma, et son répertoire judéo-espagnol plusieurs fois centenaire. L’arabe châtié se mêle à la darija, le ladino au judéo-arabe, le français à l’espagnol. Et lorsque Haïm Botbol, son frère Marcel, Maxime Karoutchi, Haj Younès et Abdou Souiri montent tous ensemble sur l’estrade pour chanter en chœur des refrains patriotiques, l’émotion est à son comble.

D’aucuns peinent à cacher leurs larmes: « Plus rien n’est comme avant, les Juifs sont tous partis, les Bidaouis maintenant ne jurent plus que par la pop orientale et le khaliji. Ya hasra âla lyam ! », soupire un monsieur dans la soixantaine, nostalgique de « l’âge d’or de Dar Al Bida  ». Aussitôt, une jeune fille le rassure : « Mes neveux à Montréal jouent au luth et à la derboukka depuis leurs 7 ans, je vous jure ! Et regardez, ici aussi la relève est assurée  », dit-elle avec un sourire entendu en voyant entrer sur scène Sanaa Marahati, la jeune chanteuse de melhoun et de gharnati. La soirée s’achève dans une ambiance bon enfant avec « weld l’mdina dial Casa » comme il aime se définir, Maxime Karoutchi.

Et comme un bonheur ne vient jamais seul, les convives repartent avec « Botbol, 60 ans de carrière  », le livre édité à l’occasion et signé par le journaliste Mohamed Ameskane, ainsi que deux CD, «  Botbol Traditions  » et «  Botbol 2013  » pour les amateurs des refrains d’hier… et d’aujourd’hui.

HAÏM, ENFANT PRODIGE DE LA DYNASTIE BOTBOL

Le petit Haïm voit le jour en 1938 dans une famille juive de Fez. Son patronyme, Abitbol, semble déjà le prédestiner à une carrière artistique (Botbol en darija signifie littéralement «  l’homme au tambour  »). Son père est un musicien renommé dans toute la région de Fez, cheikh Jacob Abitbol. Né en 1917, orphelin à 7 ans (ses parents ont été emportés par le typhus), Jacob Abitbol dirige son premier orchestre à 19 ans à peine. Virtuose du luth, du piano et du violon, il compose et écrit aussi. Patriote et nationaliste fervent, sa renommée devient nationale après le grand succès populaire de « Ghaniw mâaya ghaniw », célébrant le retour de Feu Mohamed V de son exil à Madagascar. «  Je me souviens encore de la liesse des habitants du Mellah quand on la diffusait dans les hauts parleurs », se remémore Marcel. A ses trois garçons, Haïm, Claude et Marcel, cheikh Botbol est déterminé à transmettre son art, comme le veut la tradition (dans le judaïsme, la musique est considérée comme une continuité du chant religieux).

Décelant une sensibilité musicale unique chez l’aîné, Haïm, il l’initie aux qssaïds (poésies traditionnelles),  aux melouks et au luth. Haïm a aussi la voix idéale pour le genre. Il sera le chanteur de l’orchestre, tandis que Marcel est affecté au violon et Claude à la batterie. En 1953, du haut de ses 15 printemps, Haïm est déjà un musicien professionnel. Cœur de la formation, le quatuor familial anime les mariages, les bar mitzvoth (communions) et autres cérémonies familiales, avant d’entamer l’aventure des cabarets  : «  C’est une autre grande école, la plus difficile ! », se remémore Marcel. En 1962, l’orchestre Botbol signe avec le Sijilmassa, célèbre cabaret de la corniche casablancaise. La famille quitte son Fès natal pour la bouillonnante métropole post-indé-pendante. Commence alors pour l’orchestre Botbol une longue et passionnante saga.

Du Sijilmassa à l’hôtel Tarik de Tanger en passant par l’hôtel Safir à Tétouan, ils laissent des souvenirs impérissables aux mélomanes qui viennent les écouter. Ils sont invités sur les plateaux de la TVM et jusque dans le Palais royal par Feu Hassan II. C’est que Botbol et fils sont polyvalents, du melhoun à la aïta, du gharnati au chaâbi, ils jonglent entre les répertoires avec une rare habileté, s’adaptant à tous les publics. Prolifiques, ils ne cessent d’innover, surprenant leurs auditoires par l’introduction d’instruments inattendus et des fusions de genres et de styles inédites.

Marcel Botbol se souvient: «  Haïm a été le premier chanteur marocain à utiliser la guitare électrique (en 1966) et à porter un costume cravate à l’occidentale. Il a aussi été le premier homme à tenir un bendir au Maroc, et à chanter «  Doura dl’aâroussa  » jusque-là réservé aux femmes. L’orchestre Botbol a également contribué à introduire la mixité dans les mariages en jouant devant des publics féminins, alors que les orchestres masculins se produisaient jusqu’alors uniquement pour les hommes et vice-versa ». Haïm, en plus de tenir le micro, écrit et compose. C’est le digne fils de son père : « Ils travaillaient sans cesse ensemble, de jour comme de nuit. Ma mère n’en pouvait plus, elle leur répétait, de guerre lasse : « mazal ma bghit taâya a Jacob ? Ou nta a bni ?» ». Haïm a aussi hérité du sens de la pédagogie de son père. Généreux dans la vie comme dans son art, ses frères racontent qu’il n’avait pas son pareil pour encourager les jeunes débutants, faisant fléchir leur réticence par un « tiens, toi aujourd’hui je vais te bénir,
tu vas chanter  !» en leur tendant le micro.

Abdelouhab Doukkali, Pinhas, Fathallah El Mghari, autant de noms célèbres de la chanson marocaine contemporaine qui ont fait leurs débuts aux côtés des Botbol au centre culturel de Fez et à Casablanca, reconnaissent à l’unisson que Botbol, c’était un orchestre et bien plus que cela : un conservatoire, une école de musique et de chant. En 1991, en pleine guerre du Golfe, les Botbol s’installent à Paris avant de revenir au pays en 1994, pour le grand bonheur de leurs habitués qui les retrouvent au Riad Salam. Après le décès de leur père Jacob en août 1995, les trois frères Botbol continuent à se produire à Casablanca 3 ans durant. Les années qui suivent, ils partagent leur vie entre Paris, Tanger et d’autres villes du monde où la diaspora marocaine les réclame.

Au début des années 2000, Haïm enregistre avec le producteur casablancais Maurice Elbaz 80 titres mêlant plusieurs genres musicaux: melhoun, chaâbi, gnaoui, issaoui, cherki, raï, salsa, reggae, funk et même techno et hip hop. Et aujourd’hui ?« Aujourd’hui, on fait les restaurants avec spectacles, et la vie continue ! », conclut avec son entrain habituel Marcel. Longue vie aux artistes!

Fuente: revista FEMINA de Marruecos

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