Centre Culturel Judéo-Espagnol–Al Syete: Numéro spécial avril 2014

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Las novedades de mosotros

 

LE CENTRE CULTUREL JUDEO-ESPAGNOL–AL SYETE

 

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NUMERO SPECIAL AVRIL 2014

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Un ami, très cher,Robert Mitrani, nous a quittés dans la nuit du vendredi au samedi 29 mars.

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Il était l’un des piliers de notre communauté Judéo-espagnole et avec ses amis Alexandre Hadjes, Sami Hasson et Salvator Vormes ils formaient un beau quatuor.

 

Robert avait égrené ses souvenirs dans un joli livret qu’il avait intitulé « Ma jeunesse ».

Au cours de son récit il évoque Alexandre Hadjes, Sami Hasson, ses amis d’enfance.

Voici quelques lignes extraites de son évocation.

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«Je suis né à Constantinople le 5 décembre 1925,

Mon grand-père paternel  et ma grand-mère, Signourai Ovadia ont eu 4 ou 5 enfants, dont mon père Abraham.

Mon grand-père maternel se nommait Nathan. Ma grand-mère maternelle, Sultana née Hasday, a été veuve très tôt et est restée seule avec ses 4 enfants : David, Gracia, Fortunée ma mère, et Isi qui lui est parti en Israël plus tard.

Mon père a rencontré ma mère dans un bal de la société juive.

A Paris,  nous habitions à l’hôtel, rue Sedaine, près de David mon oncle qui avait trouvé un appartement au 81 rue Sedaine. La communauté du quartier était presque entièrement séfarade et parlait le judéo-espagnol de chez nous.

Mon père qui avait appris le tricotage à Istanbul a trouvé au 57 rue Sedaine, une fabrique de tricot, la famille Scheni, dans le seul hôtel particulier de la rue. Avec l’appui de ma tante Gracia qui était fiancée au frère de la patronne, mon père est entré à la confection et ma mère en tant que vendeuse. Mon père travaillait très dur : le samedi et le dimanche matin, il se levait très tôt pour aller prendre le train jusqu’à Beauvais où il faisait les marchés pour y vendre la confection achetée passage Dallery chez Santo Madjar.

Puis Isi a proposé à mon père de s’associer et d’ouvrir un atelier dans une remise de la  cour du 25 rue Popincourt. Mon père était à la coupe, ma mère, à la maison cousait les modèles et Isi les vendait. L’affaire de mon père et mon oncle a prospéré et ils ont pu acheter un magasin au 65 rue Sedaine qui comportait également un local au 1er étage et un dépôt derrière le magasin. Après déjeuner, mon père faisait la sieste avant de retourner dans son magasin.

On avait quitté l’hôtel et dans un premier temps habité un appartement de deux pièces 54 rue Sedaine, au 3ème étage côté cour, avec des toilettes à mi- étage. Puis, plus tard, un autre appartement côté rue. C’est alors que je suis entré à la grande école. Je rentrais seul à la maison ou accompagné par Alexandre Hadjes dont la famille (Victor son père, Esther sa mère et Lucienne sa sœur), habitaient dans le même immeuble que nous. Plus tard, ils ont habité au 52, avec vue sur la rue. Mon père jouait avec eux à la belote et au poker le dimanche.

Au 1er étage de l’hôtel particulier, il y avait un petit garçon qui allait chercher le pain et le lait, Sami Hasson, sur lequel je devais prendre exemple, selon ma mère. Nous entretenions de très bons rapports avec toute la famille Hasson.

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A l’école rue G. Cavaignac, j’avais de bons copains en particulier Jean Furman et Jacques Eskenazi.

J’ai participé à un groupe scout (le Betar) où nous apprenions l’histoire d’Israël. Ma mère m’avait acheté un foulard et un chapeau de scout. Notre groupe s’appelai t « Trumpeldore ».

Ma scolarité était médiocre, je montais de classe chaque année, mais sans plus.Alexandre Hadjes, lui, travaillait bien. J’aimais jouer aux billes et j’oubliais parfois de rentrer à la maison quand je jouais.

Mon premier pantalon long, un pantalon de golf, ma mère me l’a acheté au Carreau du Temple. C’est la première fois que je voyais autant de commerçants juifs ; ils nous tiraient par la manche en disant que chez eux c’était meilleur.

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J’ai fait ma bar-mitsva au temple de la rue Popincourt avec le rabbin Razon ; il y avait toute la famille et j’ai fait un discours en judéo-espagnol. Quelques jours après, mon père m’a offert un vélo en « dural » avec le guidon retourné ;

Nous allions avec mes parents au Tréport et à Mers les bains. Mes parents faisaient les marchés le matin et l’après-midi, on se promenait.

Nous ne sommes partis qu’une fois en vacances. Derrière le magasin, rue Popincourt, il y avait un café tenu par M. Tremo. Mon père était habitué à prendre un café et s’il avait de bons clients, il les y amenait. 

Rue Sedaine, il y avait un bougnat qui accrochait des guirlandes de lumières pour le 14 juillet et un orchestre jouait toute la nuit. Le bougnat nous montait du charbon jusqu’au 3ème étage. Mon père prenait chez lui un café vers 10 heures et ils échangeaient des idées à l’abri des oreilles indiscrètes.

Dans le quartier, il y avait plusieurs épiciers dont les Goudji, les frères Valensi  etc…

Pas loin de chez nous, il y avait un dancing rue Basfroi, presqu’à l’angle de l’avenue Ledru-Rollin. Il s’appelait « Le Massif Central » ; la piste était ronde avec au milieu un orchestre et un chanteur.

Mon frère Roger est n é le 19 décembre 1934, nous avions 9 ans d’écart. Mes parents lui ont donné le nom de Roger (européen) de Victor (la vie) et de Nathan (le prénom du père de ma mère). Mon père était fier de mon frère Roger et de ses boucles qu’il ne voulait pas  couper. Je devais l’emmener au cinéma, mais il ne tenait pas en place se déplaçait le long des fauteuils.

Nous étions alors une bande de jeunes qui roulaient à vélo, environ 50 km dans la journée. Un jour, nous nous sommes attardés ; Sami Hasson roulait plus vite que moi. Nous sommes arrivés après 20 heures. Mes parents nous attendaient devant la maison, très inquiets.

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asson, Sami Hasson ,Clarence un voisin de la rue Sedaine, Albert Baruch, Robert Teychené, un voisin, Camayor,

Gaby voisin, Serge Vormès, Robert Mitrani, les 3 voisins ne sont pas juifs.

Le 20 aout 41, les Allemands ont frappé dans tous les domiciles juifs. Ils ont arrêté mon père, moi je me suis jeté devant lui ; il m’a pris par le bras et m’a envoyé avec force dans la cuisine avec ma mère. En bas de notre immeuble, il y avait une colonne formée avecSami, Jacques et leur père ; il y avait du monde. Les Allemands les ont fait marcher jusqu’au gymnase Japy. Il y avait un cordon pour empêcher quiconque d’entrer ou de sortir du périmètre. Isi habitait avenue Ledru Rollin. Quand il est arrivé rue Basfroi devant l’attroupement, il a compris et est rentré chez lui.

Presque tous les jours, ma mère, Mme Assa, Mme Galvo allaient à DrancyMon père est sorti le 25 octobre 1942, déclaré malade, Sami, parce trop jeune ainsi que son frère Jacques. Seul le père est resté ; nous avons appris plus tard qu’il avait été déporté.

Après Drancy, mon père avait peur. Roger a été envoyé au Rethail dans les Deux -Sèvres. Moi, je suis rentré à l’internat de Ste Barbe près du Panthéon avec le neveu de Mme Galvo, Marc Naar. Pendant ce temps, mes parents ainsi que M. et Mme Assa dormaient dans l’atelier, au-dessus du magasin rue Sedaine ; ils avaient des renseignements par le commissariat en cas de rafle, le soir.

Après la guerre, nous sortions tous les dimanches avec Sami Hasson. Nous allions suer la Marne faire du canoë et certains soirs, nous allions danser.»

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Chers amis, pour clore ces quelques lignes, une belle photo sereine de Rachel et Robert Mitrani.

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